Dans la Cité-État de Kano, XVIIIe siècle.
Mallam Bello avait hérité de l'entrepôt de son père un mardi matin, avec pour tout document une lettre écrite de la main du défunt, deux témoins âgés dont l'un était sourd, et la certitude tranquille que ces murs lui appartenaient. Il y avait entreposé ses ballots d'indigo, ses cordes de cauris, ses peaux tannées, et il était parti six mois à Katsina pour affaires, comme son père l'avait fait avant lui, et son grand-père avant son père.
À son retour, il trouva Hajiya Rakiya installée dans l'entrepôt.
Elle avait changé le verrou. Elle avait disposé ses propres marchandises — du natron, des noix de cola, plusieurs rouleaux d'étoffe — contre les murs, avec l'aisance de quelqu'un qui range chez soi. Elle avait même suspendu à la poutre centrale un petit paquet d'herbes sèches, comme on en met dans une maison qu'on habite depuis longtemps.
"Cet entrepôt est à moi, dit Mallam Bello. — Cet entrepôt était vide quand je suis arrivée, dit Hajiya Rakiya. Un bien sans maître appartient à qui s'en occupe."
Ce n'était pas entièrement faux. Ce n'était pas entièrement vrai. C'était exactement le genre de situation pour laquelle existait le tribunal du quartier.
Le mai unguwa — chef de quartier — les reçut le lendemain sous le grand arbre devant sa maison. Il écouta Mallam Bello. Il écouta Hajiya Rakiya. Il demanda à voir la lettre du père. Il interrogea le témoin sourd, qui confirma tout ce qu'on lui suggérait. Il réfléchit longuement, les yeux mi-clos, puis déclara que l'affaire dépassait sa compétence et devait être portée devant l'alkali du marché.
Il reçut en remerciement un demi-cordon de cauris de chaque partie. Pour le dérangement.
L'alkali du marché était un homme érudit qui connaissait le droit coranique dans ses moindres replis et citait Ibn Rushd avec la familiarité d'un vieux compagnon de route. Il écouta les deux parties pendant deux audiences séparées, prit note avec un calame sur une planche de bois lisse, demanda la production de trois témoins supplémentaires, et constata que la lettre du père de Mallam Bello ne portait pas le sceau du mai unguwa de l'époque, ce qui en réduisait la valeur probante.
"La question, dit-il, est de savoir si l'absence de sceau invalide le document ou simplement l'affaiblit. C'est une question de jurisprudence délicate."
Il prit le temps de la méditer. Trois semaines.
Pendant ces trois semaines, l'entrepôt resta sous scellés — une corde tendue devant la porte avec un bout de tissu rouge noué dessus — et ni Mallam Bello ni Hajiya Rakiya ne purent accéder à leurs marchandises. Le natron de Hajiya Rakiya était hygroscopique. Quelques-uns de ses blocs commencèrent à se dissoudre lentement dans l'humidité de la saison des pluies qui approchait.
Au terme des trois semaines, l'alkali du marché conclut que la question du sceau relevait en réalité de l'autorité du grand alkali de la cité, seul habilité à se prononcer sur la valeur des documents patrimoniaux. Il transmit le dossier, accompagné d'un résumé de six pages en arabe soigné. Ses honoraires correspondaient à deux jours de revenus de chaque partie. Pour le travail accompli.
Le grand alkali de Kano était un homme occupé. Il recevait en audience le mardi et le jeudi, entre la prière du matin et celle de midi. Mallam Bello attendit trois mardis avant d'obtenir une date. Hajiya Rakiya, qui connaissait le neveu d'un des clercs, obtint le même mardi. L'alkali les reçut ensemble, ce qui n'était pas l'usage, mais il manquait de temps.
Il examina le dossier de l'alkali du marché, posa des questions précises, eut l'air satisfait des réponses, puis déclara que la question soulevée — la validité d'un titre de propriété non scellé en cas d'absence prolongée du propriétaire — était d'une importance suffisante pour être soumise au conseil des malamai, les érudits attachés à l'émir. Une décision de cette nature créerait un précédent. Il convenait de bien faire les choses.
Le conseil des malamai se réunissait une fois par mois.
Ce mois-là, il fut question d'une crise de succession dans une famille marchande de Fagge, d'un litige sur les droits d'eau d'un puits entre deux quartiers, et d'une demande de l'émir concernant les droits de passage à la porte sud. L'entrepôt de la rue des Teinturiers fut inscrit à l'ordre du jour du mois suivant.
Entre-temps, la saison des pluies arriva vraiment.
Le toit de l'entrepôt, que ni Mallam Bello ni Hajiya Rakiya ne pouvaient réparer puisqu'ils n'y avaient pas accès, laissait passer l'eau en un endroit depuis deux ans — le père de Mallam Bello avait toujours dit qu'il s'en occuperait. L'eau s'infiltra. Les ballots d'indigo de Mallam Bello saignèrent leur couleur sur les peaux tannées. Les rouleaux d'étoffe de Hajiya Rakiya prirent une odeur de moisi que même le meilleur teinturier du marché ne pourrait plus chasser.
Quand le conseil des malamai se réunit enfin, les deux parties se présentèrent avec des visages où la combativité du début avait laissé place à quelque chose de plus terne. Le scribe du conseil dressa l'inventaire de leurs pertes respectives — pertes directes dues à l'immobilisation des marchandises, pertes indirectes dues aux affaires non conduites pendant les mois de procédure. Il constata que la valeur totale des marchandises endommagées ou dépréciées des deux parties était désormais inférieure à la valeur de l'entrepôt lui-même.
Le conseil délibéra pendant deux heures. Il trancha en faveur de Mallam Bello, dont le titre de propriété fut reconnu valide malgré l'absence de sceau, la lettre manuscrite du père constituant une preuve suffisante en droit malékite lorsqu'elle est corroborée par des témoins — même sourds, pourvu qu'ils aient vu signer.
Hajiya Rakiya fut déboutée. Elle récupéra ses marchandises abîmées.
Mallam Bello récupéra son entrepôt, ses marchandises abîmées, et la lettre de son père désormais annotée de tampons, de paraphes et de mentions en arabe qui en faisaient un document juridique respectable.
Les honoraires du conseil des malamai s'élevaient, pour chaque partie, à l'équivalent de ce que rapportait un bon mois de commerce.
Mallam Bello s'assit dans son entrepôt vide, l'odeur de moisi autour de lui, et regarda la lettre de son père couverte de tampons. Il la plia soigneusement, la remit dans sa besace, et resta longtemps sans bouger.
Dehors, dans la rue des Teinturiers, la vie du marché de Kano continuait — les voix, les ânes, les odeurs d'indigo et de cuir, les cordes de cauris qui cliquetaient de main en main, inépuisables.
Le droit avait été dit. L'entrepôt appartenait à son propriétaire légitime.
Il ne restait presque plus rien dedans.