L'avis apparut un matin d'avril, punaisé sur le poteau télégraphique au coin de la ferme, entre une publicité pour des graines de maïs et un carton d'exposition agricole. Kenji Nakamura le lut deux fois avant de comprendre qu'il s'agissait de sa vie.
Instructions à toutes les personnes d'ascendance japonaise. Civil Exclusion Order No. 19. Se présenter le 6 mai avec ce qui peut être porté à la main.
Il n'y avait pas de nom. Il n'y avait pas de raison. Le texte parlait de "zones militaires", de "nécessité", d'un mot — ascendance — qui effaçait en un instant trente ans de vie en Californie, la naturalisation refusée à lui mais promise à ses enfants nés ici, les rangées d'artichauts qu'il avait plantées lui-même, l'église méthodiste où il chantait faux le dimanche. Personne, à aucun moment, ne lui expliquerait pourquoi. Il comprit très vite qu'il n'y avait rien à comprendre : l'ordre ne se justifiait pas, il s'appliquait.
Sa fille Sumiko avait onze ans. Elle demanda ce qu'ils avaient fait de mal. Kenji chercha une réponse honnête et n'en trouva aucune qui ne fût pas un mensonge de consolation. "Rien," dit-il enfin. "C'est ça, le plus difficile à t'expliquer."
Ils eurent neuf jours pour vendre une ferme qui en avait demandé vingt ans à bâtir. Un voisin, Mr. Halloway, offrit cent dollars pour le tracteur, la maison, les outils, le verger. Kenji savait que c'était une insulte. Il savait aussi qu'un homme qui doit être quelque part dans neuf jours n'a pas de levier de négociation. Il signa. Halloway ne le regarda pas dans les yeux en lui tendant les billets — pas par honte, comprit Kenji, mais parce que le regarder aurait rendu la transaction moins commode.
Au centre de rassemblement de Tanforan, un ancien champ de courses, on leur assigna un box à chevaux repeint à la hâte. L'odeur de paille et d'ammoniaque n'était pas partie sous la peinture. On leur donna un numéro : Famille 19972. Sumiko demanda pourquoi on ne les appelait plus par leur nom. Un gardien, pas méchant, simplement fatigué, répondit que c'était "plus simple pour les registres". Kenji nota que l'administration avait toujours une explication technique prête à remplacer une explication morale.
Manzanar les attendait dans le désert de l'Owens Valley — des baraquements en planches brutes, la poussière alcaline qui s'infiltrait par les fentes du bois mal jointé, des tours de guet dont les mitrailleuses, disait-on officiellement, pointaient vers l'extérieur "pour leur protection". Personne à Manzanar ne croyait sérieusement à cette protection, mais personne ne le disait à voix haute non plus. On apprenait vite quelles phrases on pouvait penser et lesquelles on devait taire.
L'hiver, le vent traversait les baraquements comme s'ils n'existaient pas. L'été, la chaleur collait la chemise à la peau dès l'aube. Kenji travaillait à la ferme collective du camp — on cultivait des légumes pour nourrir les gens qu'on avait emprisonnés, une boucle qu'il trouvait presque comique si elle n'avait pas été si triste.
Puis vint le formulaire. On l'appelait le "Loyalty Questionnaire". Deux questions, parmi d'autres, retinrent tout le camp en respiration : la question 27 demandait s'il était prêt à servir dans l'armée américaine ; la question 28 demandait s'il renonçait à toute allégeance à l'empereur du Japon. Une question absurde pour Kenji, qui n'en avait jamais prêté. Répondre "oui" aux deux revenait à admettre implicitement qu'on avait eu, avant, une loyauté suspecte à renier. Répondre "non" faisait de vous un "disloyal", transférable vers le camp plus dur de Tule Lake. Il n'y avait pas de troisième case pour "je suis américain et cette question n'a pas de sens". Kenji resta une nuit entière devant le papier, un crayon à la main, cherchant la réponse qui ne trahirait ni sa fille ni lui-même. Il comprit, à l'aube, que le formulaire n'avait pas été conçu pour recevoir une vérité. Il avait été conçu pour produire une catégorie.
Il répondit oui aux deux questions. Ce n'était pas un choix de conviction. C'était un calcul de survie, comme tant d'autres qu'on lui avait imposés depuis avril.
Sumiko grandit derrière les barbelés. Elle apprit l'algèbre dans une salle de classe sans manuels suffisants, chanta l'hymne américain sous un drapeau qui flottait au-dessus d'un camp de prisonniers de son propre pays, et personne ne sembla trouver cela contradictoire — ou alors tout le monde le trouvait contradictoire et personne n'en parlait, ce qui revenait au même.
Le soir, dans le baraquement, Kenji sculptait. Il n'avait pas d'outils dignes de ce nom, seulement un canif et des chutes de bois flotté ramassées près du canal d'irrigation. Il façonnait des oiseaux — de petits geais, des colombes, un faucon une fois, patiemment poncés au papier de verre récupéré dans les rebuts de l'atelier de menuiserie. Il ne les expliquait pas à Sumiko. Il n'y avait rien à expliquer : c'était simplement une chose qu'un homme pouvait encore décider de faire, dans un endroit où presque tout avait été décidé pour lui.
En 1945, quand le camp ferma, on leur donna vingt-cinq dollars et un billet de train. La ferme n'existait plus — Halloway l'avait revendue trois fois le prix payé. Kenji ne réclama rien. Il savait, désormais, à quoi ressemblait une administration qui ne répond jamais de rien.
Sumiko garda l'un des oiseaux sculptés toute sa vie, posé sur une étagère, sans jamais tout à fait savoir pourquoi cet objet lui semblait plus vrai que n'importe quel document officiel qu'elle avait dû produire, plus tard, pour prouver qu'elle était bien née américaine. En 1988, une lettre du gouvernement lui parvint — des excuses, une compensation, quarante-six ans plus tard. Elle la lut une fois, la rangea dans un tiroir, et ne répondit rien. Certaines choses, avait-elle appris de son père, ne se réparent pas par un formulaire. Elles se portent, simplement, comme on porte un petit oiseau de bois qu'on a fini par ne plus vraiment regarder, mais qu'on ne pourrait pas jeter.