es bulldozers ont déchiré le flanc sud de la colline sacrée. Ce n’était pas une route — c’était une mine illégale. Le sol, autrefois couvert de q’uwa (herbe médicinale), n’est plus qu’une plaie rouge.
Les villageois ont protesté. On leur a montré des papiers. Puis des armes.
Seul don Ilario, le vieux chamane, n’a pas parlé. Il a seulement regardé le ciel.
e lendemain, un condor tourne au-dessus de la mine. Il ne crie pas. Il plane, immobile, comme s’il comptait les âmes présentes.
Les ouvriers rient. L’un d’eux lève son fusil.
Don Ilario, debout sur le toit de sa cabane, murmure :
« Tu crois tirer sur un messager. Tu tires sur celui qui l’envoie. »
a nuit, don Ilario ne brûle pas de coca. Il ne chante pas non plus.
Il plante trois épingles de pierre noire dans une figurine de glaise — une représentation non pas de l’homme, mais de son désir : ses yeux avides, ses mains pleines de billets.
Puis il l’enfouit sous une pierre de l’apacheta, là où chaque voyageur laisse une offrande.
« Que l’Apu te montre ce que tu cherches, » dit-il. « Et qu’il ne te laisse jamais t’en éloigner. »
u matin, le chef de la mine a disparu.
Pas de traces. Pas de lutte. Seulement ses bottes, posées droites près de la tente, comme s’il les avait ôtées pour marcher pieds nus. Les hommes fouillent les ravins. Le condor les observe, toujours.
Au troisième jour, l’un d’eux jure avoir vu le chef marcher vers le sommet, les bras tendus, comme s’il suivait une route invisible. Il n’est jamais redescendu.
es machines sont parties. La colline respire à nouveau. Don Ilario ne commente rien. Mais chaque matin, il dépose une petite pierre sur l’apacheta.
Et chaque matin, une autre pierre s’y ajoute — sans qu’il la pose lui-même.