La prime affichée comportait quatre étoiles de risque sur cinq. Volatilité politique modérée, danger environnemental faible, taux de survie des enquêteurs précédents : soixante-deux pour cent. C'était ce dernier chiffre qui avait retenu l'attention de Cyrus lorsqu'il avait accepté le contrat. Pas parce qu'il le trouvait inquiétant. Parce qu'il se demandait ce qui était arrivé aux trente-huit autres pour cent.
Veth'kaar était une planète de transit. Pas de ressources propres, pas d'industrie lourde, pas d'histoire glorieuse. Juste une position géographique favorable dans un couloir commercial fréquenté, et une population de deux cents millions d'individus ayant développé, au fil des siècles, une philosophie sociale d'une complexité redoutable : le Veth, doctrine de la non-interférence absolue.
— Le Veth interdit de témoigner, expliqua Vaelen depuis l'interface de bord, pendant que le vaisseau entamait sa procédure d'amarrage. Plus précisément, il interdit de transmettre toute information relative à un acte que l'on a observé sans y être directement impliqué. Le raisonnement est le suivant : l'observation non sollicitée constitue déjà une violation de l'espace intime. En parler serait doubler la faute.
— Donc, dit Cyrus, si quelqu'un a vu Markus Feld se faire enlever, il ne peut pas nous le dire.
— Il ne veut pas nous le dire. La nuance est importante. Il ne s'agit pas d'une contrainte légale au sens pénal du terme, mais d'un impératif moral si profondément intégré que la distinction est, dans les faits, inexistante.
Cyrus contempla les docks de Veth'kaar à travers le hublot. Des structures métalliques grises, une lumière d'étoile naine rouge qui teintait tout en ocre pâle, des milliers de silhouettes longilignes se déplaçant avec une efficacité silencieuse.
— Et si j'y allais directement ?
— Tu peux poser des questions. On t'écoutera. On te répondra poliment. On ne te dira rien d'utile.
Markus Feld était négociant en matériaux rares. Quarante-trois ans, citoyen de la Confédération des Marches Extérieures, dernier signal vital enregistré il y a onze jours dans le district commercial de Veth'kaar-Centrale. Sa famille avait déposé une demande de localisation. La compagnie d'assurance avait déposé une demande parallèle, pour des raisons différentes et moins sympathiques. Le Bureau de liaison terrestre avait combiné les deux contrats et les avait transmis à Cyrus avec une note sibylline : terrain difficile, approche indirecte recommandée.
L'officier de liaison veth'kaarien qui les reçut s'appelait, selon la traduction approximative fournie par le système, Quelque-chose-comme-Dereth. Il était grand, articulé en six endroits que la biologie humaine ne reconnaissait pas comme des articulations, et il souriait en permanence, ce qui, Vaelen avait pris soin de le préciser, ne signifiait rien d'émotionnel.
— Vous êtes les Observateurs-conseils mandatés, dit-il. Nous avons reçu votre accréditation. Soyez les bienvenus. Nous coopérerons dans les limites du traité.
— Merci, dit Cyrus. Nous cherchons un ressortissant humain. Markus Feld. Disparu depuis onze jours. Avez-vous des informations ?
Dereth inclina la tête.
— Nous avons traité plusieurs incidents commerciaux durant cette période. Je ne puis vous confirmer si l'un d'eux implique la personne que vous mentionnez.
— Pourquoi ?
— Parce que la confirmation impliquerait que j'ai des informations que j'ai observées sans y être directement impliqué, et les partager constituerait une violation du Veth.
Cyrus regarda Vaelen. Vaelen ne dit rien, mais quelque chose dans son silence ressemblait à je t'avais prévenu.
Ils passèrent deux jours à naviguer dans ce qu'il faut bien appeler un mur de politesse absolue. Tout le monde répondait. Personne ne disait rien. Les commerçants du district reconnaissaient connaître Markus Feld — il avait des relations d'affaires établies — mais ignoraient tout de ses onze derniers jours. Les agents de sécurité portuaire confirmaient avoir traité des incidents mais ne pouvaient en préciser ni la nature, ni les acteurs, ni les dates. Un voisin d'entrepôt admis avoir peut-être remarqué quelque chose d'inhabituel mais s'empressa d'ajouter que remarquer n'était pas observer et qu'il convenait de ne pas confondre les deux.
Le soir du deuxième jour, Cyrus s'assit dans leur logement de transit et dit :
— Vaelen. Parle-moi du Veth en détail.
— J'ai passé les dernières quarante heures à l'étudier, répondit l'Archiviste. La doctrine est ancienne, complexe, et comporte des exceptions. L'une d'entre elles est pertinente : le Veth ne s'applique pas aux informations transmises dans le cadre d'un échange équitable. Si une personne vous offre quelque chose de valeur, elle peut recevoir des informations en retour sans violer la doctrine.
— Un échange. Comme du commerce.
— Précisément. La culture veth'kaarienne a résolu le paradoxe de la communication en la monétisant moralement. Tout témoignage est une transaction. Si la transaction est juste, elle est permise.
— Donc ce qu'il me faut, c'est quelque chose à offrir.
— Quelque chose que le témoin veut. Quelque chose d’une valeur suffisante pour justifier, à ses yeux, la violation partielle de son espace intime.
Cyrus réfléchit.
— Le voisin d'entrepôt. Celui qui a peut-être remarqué. Il avait une plaque d'accréditation commerciale périmée sur la façade de son bâtiment.
— Je l'ai noté également.
— Tu peux renouveler une accréditation commerciale veth'kaarienne depuis ici ?
Un silence de trois secondes. Ce qui, pour Vaelen, équivalait à une longue réflexion.
— Le formulaire est accessible. Le processus prend normalement six semaines et requiert la présence physique du demandeur devant un bureau de certification. Cependant, il existe une procédure d'urgence pour les accréditations liées au transit interstellaire. Elle peut être initiée par un Observateur-conseil mandaté par traité.
— Fais-le.
Le lendemain matin, Cyrus retourna voir le voisin d'entrepôt avec une accréditation renouvelée et valable deux ans, transmise directement depuis le registre central de Veth'kaar-Centrale.
Le voisin regarda le document. Il regarda Cyrus. Il regarda à nouveau le document.
Puis il parla.
Markus Feld avait été embarqué de force, onze jours plus tôt, par trois individus portant les insignes d'une compagnie de transport privée dont le numéro de licence ne correspondait à aucun registre actif. Direction : niveau souterrain, secteur quatre.
Ce que le voisin appelait le secteur quatre était connu localement comme la zone des entrepôts en attente — des espaces loués à des entreprises fantômes pour des durées variables, sans obligation de déclaration de contenu.
— C'est légal ? demanda Cyrus.
— Pas exactement, dit Vaelen. C'est dans une zone grise du droit veth'kaarien qui n'a jamais été formellement réglementée parce que personne n'a jamais eu intérêt à la réguler.
— Et nous ne pouvons pas perquisitionner.
— Nous sommes Observateurs-conseils. Nous pouvons observer. Nous pouvons conseiller. Nous ne pouvons pas contraindre.
Cyrus se leva.
— Alors on va observer. De très près.
Cyrus descendit au secteur quatre et observa que Markus Feld était vivant. Il était retenu dans un entrepôt du secteur quatre par des créanciers qui contestaient une transaction de matériaux rares datant de dix-huit mois et estimaient que la rétention physique du débiteur était une pratique commerciale acceptable — ce qui, Vaelen vérifia rapidement, n'était ni légal ni illégal sous le droit veth'kaarien actuel, mais relevait d'un précédent jurisprudentiel de deux cent quarante ans que personne n'avait jamais formellement abrogé.
Cyrus négocia sa libération en offrant aux créanciers un accès prioritaire à un registre de matériaux certifiés de la Confédération des Marches Extérieures — quelque chose qu'il n'avait aucune autorité pour promettre, mais dont il savait, pour avoir travaillé avec Markus Feld indirectement via deux contrats précédents, que l'homme honorerait.
Sur le formulaire de clôture de mission, dans la case méthode de résolution, Cyrus écrivit simplement : exploitation procédurale combinée à un échange de valeur équitable.
Vaelen ajouta, en note de bas de page : taux de survie des enquêteurs sur Veth'kaar désormais mis à jour : soixante-trois pour cent.