Il naquit dans une zone de frontière, entre deux mondes qui ne se comprenaient pas. Sa mère était Faru, peuple du Sokoto, porteur de traditions animistes anciennes ; son père régnait sur Gao, ville de commerce et de mosquées. On dit qu'il apprit la magie de sa mère avant d'apprendre les sourates. On dit beaucoup de choses sur Sunni Ali, et presque toutes viennent de ceux qui le haïssaient.
Les chroniqueurs de Tombouctou ne lui pardonnèrent jamais. Le Tarikh al-Sudan, rédigé par les clercs de la ville qu'il avait conquise, le décrit comme un tyran, un impie, un persécuteur de savants. Ce qu'ils ne disent pas clairement, c'est qu'il était surtout quelqu'un qui ne les craignait pas — et que cela, pour une élite habituée à peser dans la balance du pouvoir, était impardonnable.
En 1464, il monta sur le trône de Gao. Le royaume songhaï était alors modeste : une cité-État au coude oriental du Niger, riche de son fleuve mais étroite dans ses horizons. L'Empire du Mali, qui avait longtemps dominé toute la région, s'effondrait sous ses propres contradictions dynastiques. Il y avait un vide. Sunni Ali le vit, et il entra dedans comme une lame.
Sa première grande campagne fut Tombouctou, en 1468. La ville était tenue par les Touaregs depuis quelques décennies ; elle l'accueillit à contrecœur, sous pression, et ses habitants lettrés le regardèrent entrer avec une méfiance qui ne se dissiperait jamais. Il s'en moqua. Il ne cherchait pas l'approbation des ulamas — ces juristes islamiques qui gouvernaient l'université de Sankoré et pesaient les consciences au trébuchet de la doctrine. Il cherchait le contrôle des routes commerciales qui traversaient leurs rues.
Ce qui le rendait différent de ses prédécesseurs n'était pas la brutalité — l'histoire de l'Afrique de l'Ouest médiévale n'en manque pas — mais la méthode. Il fut le premier souverain de la région à déployer une flotte fluviale comme instrument de guerre systématique. Sur le Niger, il fit construire des pirogues de guerre, des centaines selon les chroniques, qui lui permettaient de projeter sa cavalerie d'un côté à l'autre du fleuve plus vite que ses ennemis ne pouvaient l'anticiper. La rivière, que ses ancêtres avaient traversée à gué, devint une autoroute de conquête.
Djenné tomba en 1473, après un siège de sept ans. C'était la cité la plus prospère de la boucle du Niger, nœud d'échanges entre le Sahara et la forêt, entre l'or du Sud et le sel du Nord. Sunni Ali ne la détruisit pas — il l'intégra. Il avait compris quelque chose que beaucoup de conquérants oublient : les villes ne valent que si elles fonctionnent. Il installa des gouverneurs, réorganisa les canaux d'irrigation du delta intérieur, augmenta les quotas agricoles. La brutalité de la conquête était suivie d'une administration pragmatique, presque froide dans son efficacité.
Trente campagnes en vingt-huit ans. Les Dogon, les Mossi, les Fulbe, les restes du Mali impérial — il les repoussa, les contourna, les absorba. Les chroniques disent qu'il ne perdit jamais une bataille. C'est peut-être une exagération, peut-être pas. Ce qui est certain, c'est que sous son règne, le Songhaï passa d'un royaume de taille moyenne à un empire d'un million et demi de kilomètres carrés.
Il se disait musulman. Il priait, apparemment. Mais il continuait à pratiquer les rites de sa mère, à consulter des devins, à porter des amulettes que les clercs considéraient comme de la sorcellerie. Les savants de Tombouctou, qui s'attendaient à ce qu'un roi islamique les traite en conseillers spirituels, se trouvèrent marginalisés, parfois persécutés. Certains fuirent. Certains restèrent et écrivirent, dans leurs bibliothèques, des portraits au vitriol d'un homme qu'ils ne pouvaient ni contrôler ni comprendre.
Ce qu'ils n'écrivirent pas, ou peu : que les paysans songhaïs l'appelaient parfois libérateur. Que sa légitimité venait non pas de la mosquée mais du fleuve, de la terre, d'une identité populaire que l'islam savant de Tombouctou regardait de haut. Qu'il incarnait quelque chose d'antérieur et de plus complexe que la figure du roi-guerrier musulman que ses ennemis voulaient lui opposer.
Il mourut en novembre 1492 — l'année même où Christophe Colomb touchait un rivage qu'il ne cherchait pas. La mort de Sunni Ali est obscure : noyade dans un fleuve en crue, selon certains, embuscade selon d'autres. Il avait soixante ans, peut-être davantage. Son fils Sunni Baru lui succéda, mais l'un de ses généraux — un homme pieux et ambitieux nommé Muhammad Ture — refusa de plier le genou devant un héritier qu'il jugeait insuffisamment islamique.
Six mois plus tard, Sunni Baru était défait et déposé.
L'empire que Sunni Ali avait mis vingt-huit ans à construire passa, intact, dans d'autres mains. C'est peut-être la mesure la plus juste de ce qu'il avait accompli : il avait bâti quelque chose d'assez solide pour survivre à sa propre mort, et à la trahison de ceux qui vinrent après.
Les chroniqueurs de Tombouctou écrivirent qu'il était damné. Qu'Allah n'avait pas eu pitié de lui. Que ses crimes étaient trop grands pour espérer le pardon.
Mais ils continuèrent à vivre dans sa ville.